La procrastination, une histoire d’émotions?

La procrastination n’est pas de la fainéantise, qu’on se le dise! Mais plutôt une gestion de nos émotions négatives face à une tâche rébarbative ou angoissante. Plongée dans un article du New York Times qui en explique les tenants et les aboutissants.

Cet excellent article du NY Times démontre un point essentiel : La procrastination n’est pas liée à la fainéantise; la plupart du temps, on ne procrastine pas pour ne rien faire à la place. Mais plutôt pour faire d’autres choses, moins importantes mais plus faciles, alors que rationnellement nous savons que nous devrions nous mettre à l’écriture de ce rapport, de cette présentation, …

Et le coût de cette procrastination peut être énorme. Pas seulement en termes de productivité, mais bien car elle peut engendrer stress chronique, anxiété, faible estime de soi et de sa propre vie, symptômes de dépression, difficultés physiques, la liste est longue.

La procrastination a donc tout à voir avec la façon dont nous gérons les émotions négatives suscitées par une tâche qui nous semble trop grande, trop importante, trop complexe,…

La faute à notre cerveau !

Et encore une fois, c’est la faute à notre cerveau (ben oui, qui d’autre ? ), qui privilégie la plupart du temps la satisfaction à court-terme plutôt que l’atteinte d’un objectif à long terme. C’est pourquoi face à une tâche qui suscite en nous des émotions négatives, le cerveau donne la priorité au rééquilibrage de ces émotions, plutôt qu’à la réalisation de l’action initialement prévue. Et à la place de ce dossier qui nous angoisse, on traite nos mails, ce qui est beaucoup plus rassurant. Ouf, se dit notre cerveau, mission accomplie, on a échappé de justesse aux émotions négatives !

Oui…mais non ! Car cette procrastination renforce les émotions négatives liées à cette tâche. Prenons par exemple l’écriture de cet article : cela doit faire 2 semaines qu’il est sur ma to-do list. Et à chaque fois que j’ouvre cette page blanche pour commencer, je me dis…. Non, en fait, je devrais d’abord lire d’autres articles traitant du même sujet, et puis peut-être faire une bibliographie des ouvrages cités dans l’article, pour finalement décider de faire de l’administratif, car comme ça, j’aurai l’esprit tranquille pour écrire. Tu parles !

Car à chaque fois que j’évite cette tâche, je ressens de la culpabilité, je sais rationnellement que je devrais être en train d’écrire plutôt que de classer mes notes.
A cela se rajoute également l’angoisse de ne pas me voir avancer dans mes objectifs, bref un beau cocktail d’émotions négatives, qui renforcent celles précédemment ressenties. Et donc la prochaine fois que je me mettrai devant cette page blanche, les émotions négatives seront encore plus fortes, et donc plus difficiles à combattre, qui qui augure d’une plus grande procrastination encore.

Un beau cercle vicieux en action ! D’autant plus que lorsque nous procrastinons, nous ressentons un certain soulagement à l’idée d’avoir évité cette tâche rébarbative. Les circuits de la récompense sont donc activés dans notre cerveau. Or nous sommes « cablés » pour reproduire ce qui active ces circuits de la récompense. Nous tendrons donc plus facilement à procrastiner la prochaine fois. La boucle est bouclée !

Pourquoi se faire du mal?

Mais pourquoi se faire du mal de cette façon, se diront les non-procrastinateurs? (je vous rassure, il n’y en a que peu !)
Parce que d’un point de vue neurologique, notre cerveau a tendance à voir notre futur « moi », celui à qui notre action initiale bénéficierait, comme un étranger plutôt que comme une partie de nous-mêmes. Les conséquences de notre procrastination sont donc le problème de « quelqu’un d’autre » !

Ensuite, parce que comme dit précédemment, notre cerveau préfère la récompense à court terme que le long-terme.
Et troisième raison, l’amygdale, notre « radar de survie », perçoit la tâche rébarbative comme étant une menace : à notre estime, à notre bien-être, … Notre cerveau privilégie donc l’éloignement immédiat de cette menace, plutôt que la considération à long terme des bienfaits de cette tâche.

Allez, au NY Times, ils sont sympas, ils donnent des pistes de solution !
La clé est de gérer nos émotions d’une façon différente. Nous continuerons à procrastiner tant que nous n’offrirons pas à notre cerveau une récompense plus grande que le soulagement immédiat obtenu par la procrastination. Pour ne pas tomber dans d’autres formes vicieuses de procrastination, la solution doit être interne ) nous-mêmes, indépendante de tout élément extérieur.

La bienveillance, une piste de travail.

Pour cela, un des premiers canaux serait la bienveillance envers nous-mêmes, la capacité à nous pardonner lorsque nous procrastinons, afin de ne pas renforcer les émotions négatives. De plus, cela nous permet de nous focaliser sur les évènements à venir sans charge négative, et donc de dépasser plus rapidement les comportement de procrastination.

Nous pouvons également reconsidérer la tâche sous un aspect positif : que ressentirai-je lorsqu’elle sera achevée, quels seront les bénéfices de cet accomplissement, comment je me suis sentie la dernière fois que j’y suis arrivée, …

Rendre la tentation inconfortable !

Et pour gérer les émotions déclenchant la procrastination, l’article offre trois pistes intéressantes :
1. Cultivez la curiosité : il s’agit de concentrer notre attention sur les sensations physiques et mentales qui surviennent lorsque nous sommes tentés de procrastiner. Cela permet de détourner l’attention de notre cerveau, mais également de reconnaître les signaux annonciateurs.

2. Considérer l’action suivante : il ne s’agit pas ici de découper une tâche importante en sous-tâche. Mais bien de « mettre le pied à l’étrier »!
La question à se poser, afin de ne pas affoler notre cerveau, est la suivante « Hypothétiquement, quelle serait la prochaine action que je ferais si je décidais d’accomplir cette tâche?  » Une fois identifiée cette première action, réalisez-la ! La motivation suit l’action !

3. Rendez la tentation plus inconfortable : vous êtes tenté d’aller consulter vos mails plutôt que d’écrire ce rapport? Fermez votre application mail et paramétrez la relève du courrier en mode manuel. Le nombre d’actions à réaliser avant d’avoir accès à vos mails pourrait vous décourager, la récompense de céder à la tentation étant moins immédiate.

Je vous conseille vivement la lecture de cet article, et puis la mise en pratique de certaines de ces astuces ! On s’y met quand?

Références de l’article : https://www.nytimes.com/2019/03/25/smarter-living/why-you-procrastinate-it-has-nothing-to-do-with-self-control.html

1 commentaire pour “La procrastination, une histoire d’émotions?”

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